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22.01.2010
La Rafle
Je me suis demandée un bon paquet de minutes, si j'allais vous faire ce billet.
Celui qui suit, là, le long du scroll.
Pour tout te dire (oui, on va se dire tu), j'ai un peu les doigts qui se détachent du reste du corps, les joues éparses de rimmel et de poudre libre.
Tu veux savoir ?
C'est un mélange de tristesse, d'amour, de vertige, de colère, d'incompréhension et de violence.

Je suis allée voir un film que tu verras, d'ici quelques mois.
Un film qui parle d'humanité.
De toute l'humanité et de son contraire.
Le vide.
Un vide absolu.
Un vide qui te fout le vertige, l'estomac au bord des lèvres et les larmes au même niveau.
On en reparle ponctuellement, je sais.
On nous bassine avec aussi, je sais.
Mais bordel.
Comment peut-on exister sans humanité en soi ?
Je vous ai fait peur, l'autre fois, avec ma déclaration d'amour à l'humanité. Pas à la masse populaire, je ne suis pas encartée chez les rouges.
Mais au sentiment d'humanité. A l'Homme.
Ça peut nous sembler évident, mais l'histoire prouve que non.
Et comment croire qu'un homme, qui en était dépourvu ou vidé, ait pu entraîner avec lui les foules, les actes, des êtres pourtant dotés de conscience et d'altruisme ?
Oui, pour les 3-4 du fond, je parle de la Shoah, d'hitler et de la déportation.
Non, sans blague, on peut en parler 2 minutes ?
Je ne veux pas me lancer dans la course à celui qui l'a vécu le plus en profondeur, car non, nous sommes trop à être nés bien après, une fois que les années LSD et les années Tapie nous aient conté de bien belles histoires.
Parce que ceux qui sont restés ont encore le coeur dans la gorge quand ils en parlent. Et nous, on a beau essayer d'imaginer et essayer d'en souffrir par solidarité, on ne peut pas savoir.
Mon Grand-père ne l'évoque jamais. Ou de très loin. Tellement loin qu'il n'y a qu'une cicatrice de rifle sur son ventre pour nous rappeler que oui, il y a survécu.
Pourtant, il ne faut pas se taire, sinon les choses se reproduisent. Il ne faut pas les dire à tort et à travers car il y a des esprits tordus capables de glorifier l'horreur.
Et malheureusement l'horreur a toujours lieu, bien plus au sud, si Tutsi vous évoque plus qu'un film avec Dustin Hoffman en robe rouge.
Juste les dire.
Les dire justement.

C'est ce qu'a réussi à faire Roselyne Bosch, avec le film "La Rafle".
Un témoignage du Vel d'hiv, un travail de documentation précis et acharné.
Dedans, il y a Gad Elmaleh comme on ne l'a jamais vu. Juste, sincère, vrai.
Jean Reno, dont on ne peut plus remettre en question le talent, surtout dans cet exercice, dans la veine émotionnelle de "Le Tigre et le Neige".
Au risque de le répéter, ce film est juste. Juste sur la plus grande injustice connue à ce jour.
Tu ne t'y sens pas coupable, car non, nous ne le sommes pas, nous qui étions bien loin dans les couilles de nos pères, comme on dit élégamment dans les provinces.
Juste sur cette horreur, dont ceux qui en ont été les témoins impuissants ne pouvaient même pas s'imaginer la portée.
Parce que le cerveau est ainsi fait. Il coupe. Il censure pour survivre.
Je ne sais pas si j'y aurais survécu. Certainement en asile, aussi droguée que le type qui a organisé cette barbarie.
Les potes, on ne va pas se plomber la journée, quand ce film sortira en salles, faites moi le plaisir d'y aller, de le télécharger ou de frauder pour entrer dans la salle, peu importe.
On en ressort la rage au ventre, les larmes sur les joues et surtout grandi.
Le 10 mars.
PS (pour votre culture géniale) : Le moustachu gominé ingérait chaque jour jusqu'à 16 pilules antigaz (lol ?) contenant un mélange de strychnine et de belladone (neurotoxine), se faisait injecter de la métamphétamine par le Dr Morell (on le voit dans la Rafle).
Pendant l'occupation française, sa dose allait jusqu'à 8 injections par jour. Surtout après ses discours et rencontres importantes. A cela, il s'ajoutait aussi de la métamphétamine par voie orale (jusqu'à une dizaine de bonbons dorés la dernière année de sa vie).
Il prenait aussi des opiacés et du testovirion pour soigner ses tremblements. Après l'attentat de juillet 1944, rajoutez la cocaïne à l'ordonnance, pour soigner son canal auditif sanguinolent.
What else ?
Oui je sais qu'elle est décousue, cette note. Vous n'allez pas appeler Pivot pour autant ?
12:36 Publié dans A Paris (z'avez pas la plage?) | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la rafle, vel d'hiv, rose bosch, roselyne bosch, gad elmaleh, jean reno, melanie laurent, shoah, pleurer au cinema, bon film, 10 mars










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Commentaires
pourtant à la base, Reno et Elmaleh, ça fait peur
Écrit par : boultan | 22.01.2010
...la bande annonce fait replonger dans le film.
Écrit par : mry | 22.01.2010
Définitivement, vu tous vos témoignages, ce film a l'air plus que bouleversant...
Écrit par : Gallïane | 22.01.2010
Je me souviens avoir vu la bande-annonce la semaine passée et qu'elle avait l'air déjà bien poignante...
Sur le sujet de l'humanité au sens large, Loin de moi l'idée de nier l'importance de la Shoah, tu penses bien, mais sa grandeur dans l'horreur ne doit pas faire oublier qu'il y a eu, même dans un passé récent, des actes aussi effroyables dont on parle moins parce que géographiquement plus éloignés mais bon, quand on parle d'humanité, on est censé abolir les frontières, non ?
... Et, plus grave, c'est qu'on a l'impression qu'il n'en faudrait pas beaucoup pour que ça recommence (au contraire de la Shoah, à mon avis).
Écrit par : Nakito | 22.01.2010
Quelle est la frontière entre devoir de mémoire, et besoin morbide et néanmoins (et paradoxalement) vital et cathartique de ressasser les horreurs de cette sinistre période ? C'est la question que je me pose systématiquement lorsque je ressens de la satisfaction (je ne trouve pas le mot juste) à lire ou voir des oeuvres comme la mort est mon métier ou je suppose celle que je ressentirai en voyant ce film.
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Écrit par : elienai | 22.01.2010
J'irai, très certainement...
Écrit par : La Femme coupée en deux | 23.01.2010
Je ne voudrai pas faire le mec qui chipote, mais tant le casting du film (à l'occasion, il faudra quand même qu'on reparle du "talent" de Jean Reno qu'on "ne peut plus remettre en question", mais bon là on s'en fout....) que la bande annonce un poil grandiloquente "attention film à émotions" (moi, plus le sujet est grave, plus j'aime la sobriété....) me laissent un peu dubitatif.....
A ma décharge, reconnaissons que dans la France Sarkozyste, la récupération (indécente) et le détournement (obscène) des symboles et des séquences historiques les plus dramatiques est monnaie courante.... En la matière, je pense que tout le monde se souvient de la proposition (faite opportunément lors du dîner annuel du CRIF) que chaque élève de primaire parraine un petit juif qui a été déporté.....
Bref, tout ça pour dire que ce genre de "mise en spectacle" de la Shoah me laisse extrêmement méfiant.... Jouer sur l'émotion du spectateur, d'accord, mais dans quel but au final ? Je me souviens que mon prof d'histoire-géo, en 3ème, nous avait fait voire "Nuit et brouillard" de Resnais et que pour la première fois de ma vie j'avais pleuré sans honte à l'école..... Ce jour là j'ai compris que, même si cette horreur ne faisait pas partie de mon histoire personnelle, elle faisait quand même totalement partie de moi, parce que c'est toute l'Humanité, dans ce quel a d'intrinsèque, qui a été ébranlée par cet abîme.... Alors, je crois que j'ai raison d'être méfiant, parce que je ne vais pas non plus laisser n'importe qui tripoter n'importe comment mon humanité....
Et me revient cette phrase de Simone Veil (justement lors de la commémoration de la raffle du Vel d'Hiv) : "Le danger n'est plus qu'on ne parle pas de la Shoah, mais qu'on en parle à mauvais escient."
Pour autant..... Je suis le premier à critiquer les cinéastes français qui, à l'inverse des américains, sont incapables de regarder droit dans les yeux les heures les plus sombres de l'Histoire de leur pays...... Je serai donc bien mal placé pour jeter la pierre à la réalisatrice de ce film.....
Et puis, sincèrement, dans la bande annonce, le plan de caméra d'ensemble de l'intérieur du Vélodrome d'hiver m'a impressionné.... plus que les histoires individuelles (forcément très tristes), je pense que c'est notamment à ça que peut servir un film sur le sujet.... montrer et visualiser les choses, telles qu'elles ont du être..... parce qu'il y a sans doute des images qui méritent de nous hanter....
Et surtout, la façon dont tu as "reçu" ce film, Petite Cervoise, toute cette rage qui t'a submergée et que tu as cherché à évacuer (et à partager) ici même, me donne plutôt très envie de me faire ma propre opinion et de laisser sa chance à ce film....
On en reparle courant mars donc....
Écrit par : Marc E | 25.01.2010
J'ai vu la bande annonce au ciné... et je ne sais pas si j'aurais le "courage" de voir ce film... je n'ai rien vécu de la Shoah, la guerre, mes grands-parents en parlent simplement pour dire que c'était dur... mais ça a toujours été très dur de voir quoi que ce soit qui s'y rapporte...
et quand j'ai vu la bande annonce, je me suis dit que ce serait pas pour moi : trop dur, je ne suis pas sure de m'en remettre rapidement.
Écrit par : Elizabeth | 25.01.2010
Le sérieux te va très bien Petite Cervoise. Je ne pense pas que j'irais, quelques soient les qualités de ce film, je n'ai pas besoin de me mettre le manque d'humanité de l'humanité pour savoir que ça existe. C'est déjà assez dur de le voir régulièrement à notre époque pour en rajouter une couche. Ca fait peur de voir qu'on n'apprend pas de nos erreurs (horreurs ??), il serait plus que temps que nous reprenions le chemin de l'évolution.
Écrit par : Joker | 25.01.2010
Mon pépé à moi, il lui manque quelques phalanges à ses doigts ... Pas raflé pour les mêmes raisons, c'était "juste" un italien communiste qui faisait la nique à Musso et son poto Hitler. Il s'est évadé trois fois des camps ... Il s'est fait dénoncé par ses propres voisins deux fois. Et pour le punir, on lui a coupé les doigts. C'est tellement drôle, pas vrai ?
Ceci étant, comme toi, je ne peux m'empêcher de penser au manque d'humanité de beaucoup d'être humains de notre époque. Comment est-ce possible ? Comment ne rien ressentir ? A part du mauvais, du pourri ? Le pire, je pense, c'est ce sentiment qu'ont beaucoup de ces personnes : celui de se sentir supérieur à l'autre ...
Écrit par : Anna | 25.01.2010
parfois PC tu me donnes envie de pleurer tellement ce que tu écris est juste.
Écrit par : sandra | 27.01.2010
Avant tout, merci à tous pour vos commentaire, et pardon d'avance pour le pavé qui suit...
@boultan : On est loin du Reno des visiteurs et de l'Elmaleh de Chouchou, pourtant. C'est un ensemble qui te porte dans l'histoire (h ou H ?) et c'est surtout très bien réalisé.
@mry : et encore, elle n'est rien comparée à la claque que l'on se prend après...
@Galliane : oui, et dans le bon sens du terme. On s'en sort sans lexomil mais avec l'envie de crier.
@Nakito : c'est bien ce à quoi je fais allusion... ça arrive encore, bordel. Au Zimbabwe, au Rwanda, très récemment en Serbie etc etc. Sans me dire que l'Homme n'apprend pas, parce que si cette hypothèse est vraie, autant se flinguer, j'ai l'impression qu'il apprend mal. Il n'apprend qu'en étant blessé dans sa chair. Après la Shoah et la 2e GM, on croirait que ces événements ne pourraient plus jamais arriver en Europe. La Croatie, ce n'est qu'à quelques centaines de kilomètres de l'Italie, pourtant.
L'Europe porte cette plaie encore douloureuse et j'espère qu'on ne la laissera pas se rouvrir.
@elienai : pour moi, le devoir est aussi d'essayer (en vain, on est d'accord) de ne pas faire en sorte que l'histoire se répète. Sur les besoins morbides, tout dépend de ce que tu en retires. Si c'est une envie de faire des bisous à l'humanité toute entière pour qu'on s'aime tous et que plus jamais il n'y ait de guerre, alors c'est bien. Si c'est une envie de vengeance, alors c'est un peu moins cool. Des gens sacrifient des chatons pour ça, encore aujourd'hui en Alabama.
@la femme coupée en deux : tu me diras ce que tu en as pensé ?
@Marc E : tu as bien soulevé là l'écueil de ce "devoir de mémoire" qui provoque autant de répulsion que d'adhésion. Parrainer un petit juif, non. Aucun intéret à culpabiliser, et à obliger des enfants à culpabiliser pour une atrocité qu'ils n'ont pas commise ? Savoir, là est l'important. Savoir ce qu'il s'est passé et comment. Se souvenir que les foules se sont laissées avoir, se souvenir que la haine l'a emporté sur le sens commun, s'en souvenir pour ne plus laisser le processus se produire de nouveau.
La meilleure façon d'accomplir ce devoir de mémoire, à mon sens, c'est de ne pas laisser cela se reproduire. C'est d'être constructif.
Et pour ça, s'il faut bâtir des mausolées, ok. Des pages dans les bouquins d'histoire, ok. Et là où Simone Veil a mis les mots les plus justes qu'il soit, c'est de ne pas en faire du Morandini. Pas la bataille des chiffres, des morts, des morts les plus justes, les plus valeureux. Ca, c'est juste servir la pâtée aux gens remplis de haine.
Pour en revenir au film, il évite justement le cliché "histoire d'amour sur fond de haine, parce que l'amour c'est plus fort que tout". Alors oui, en mars, j'attends de te lire !
@Elizabeth : Pour tout te dire, après avoir vu le film, j'ai fait un cauchemar. J'ai rèvé d'une "rafle" sur mon île des Caraïbes, on ne savait pas qui allait être déporté. J'ai senti la peur, mais aussi le répit avant une issue sûrement fatale (comme dans le film, on a pris une pause dans la panique pour chanter et danser), puis je courais à toute vitesse cacher mes enfants. Bon, le furher était feu Guillaume Depardieu, là je n'ai pas d'explications.
Mais on s'en remet. J'ai vu certains films ou docus que j'ai interrompu après 15 min, car le but était de culpabiliser le spectateur. Ce n'est pas juste. Et là oui, tu peux ne pas t'en relever.
La Rafle ne va pas dans ce sens là. J'espère que tu pourras aller le voir, vraiment.
@Joker : C'est flippant de voir que non, on n'apprend pas, hein ?
au delà de ça, le film est bien fichu quand même...
@Anna : Ah oui, les cocos non plus ne plaisaient pas. C'est un peu ce qui a fait notre exode à nous, les macaronis. (enfin, ça ne l'a pas stoppé, au contraire) Sans tomber dans le pathos, l'Italie a souffert de la guerre en plus de l'avoir perdue. Faut vraiment qu'un jour, on s'achète un vrai dirigeant.
@sandra : merci, sincèrement. (mais ne pleure pas !!!!)
Écrit par : Petite Cervoise | 28.01.2010
La Shoah, c’est has been.
« Est-ce qu’on sera grands, un jour ? »
Si l’un de nos élèves demande ça à mon collègue d’histoire, il n’aura pas de mal à lui répondre ; bon, bien sûr, il y le prion et la grippe du porcinet, et le réchauffement climatique, et JIHAD-Jane, mais bon, à priori, nos chères têtes blondes devraient tranquillement passer leur brevet, leur bac, éventuellement même quelque L3 ou Master, et puis boire, fumer, conduire, aimer, trahir, mentir, voler, berner, promettre, permettre, procréer, survivre, pleurer, sourire, servir, voyager, s’engager…Vivre, enfin.
Simon Zygler, l’ami du héros de « La rafle », lorsqu’il demande cela, sait déjà, au fond de lui, que c’est bien mal parti pour lui et pour son petit frère, le bouleversant petit « Nono ».
Sur les 4051 enfants du Vel d’Hiv’, aucun, en effet ne reviendra. Et seulement 25 adultes rentrèrent des Camps d’extermination, sur les 13000 juifs assassinés par les autorités du régime national-socialiste, mais, auparavant, trahis par la France.
Alors oui, cher collègue, tu as raison, quand tu me dis que non, tu n’emmèneras sans doute pas nos élèves voir le film de Rose Bosch, prétextant d’une part le manque de crédibilité historique, d’autre part un traitement « lacrymal » de l’histoire - tu m’expliques que tu préfères aller voir avec eux « Nuit et Brouillard », même si c’est dur pour des collégiens, car c’est, au moins, « du réel ». Tu as raison, il y a des imperfections, comme cette énormité qui agresse le spectateur dans les dernières minutes du film, lorsque la « Juste », l’infirmière Annette, retrouve le petit « Nono », jute avant que le titrage de fin ne nous informe qu’aucun enfant n’est revenu du royaume des morts. Mais, franchement, à ce moment là, le spectateur lambda est plus occupé à essuyer son mascara ou à toussoter dans sa barbe qu’à comptabiliser le nombre de survivants…
Comme toi, tes collègues du lycée, auxquels je posais la même question, ont fait la moue, m’expliquant que l’on traite cette période dans les tous premiers moments du programme, mais me laissant entendre que, bon, tout cela sentait le réchauffé.
Etrange, car la critique est unanime sur le sujet du traitement de l’Histoire ; jusqu’au véritable Jo Weissmann, qui explique même que, puisque «tout est dit » dans ce film, il pourra arrêter de témoigner. J’ai d’ailleurs lu qu’une version courte du film serait distribuée dans les établissements scolaires. Mince alors, comment ferez-vous, chers collègues, mis au pied du mur ?-des Lamentations…Pardon, elle était facile…
Prétendrez-vous encore que la Shoah, c’est has been ? Hors programme ? Dépassé ? Trop imprégné d’actualité politique dérangeante, comme les exactions sionistes de l’état d’Israël à Gaza ?
On va y jouer encore longtemps, entre deux jeux du Foulard et de Petit Pont Massacreur, entre le voile et les vacances, entre les grèves et les résultats du bac, à cette opposition frontale entre le phosphore blanc de Gaza et le Zyklon B ?
Oh, ce n’est pas nouveau, cette réaction de frilosité mâtinée d’agacement, même des amis osent me le dire, malgré ce qu’ils savent de ma judéophilie de professeur d’allemand spécialisée dans la poésie de la Shoah ; oui, dans un subtil mélange d’antisémitisme déguisé en apologie de toutes les intifadas, dans un joyeux mélange de lassitude – « Ne crois-tu pas qu’il faudrait aussi parler du Rwanda ? »- et de critique virulente de la politique expan-sionniste d’Israël, on me l’assène régulièrement, et cela me fait aussi mal que quatre heures de projection de Lanzamnn ou qu’une visite d’Auschwitz :
« Y en a marre de la Shoah, et des camps, et du chignon de Simone Weil »-vérité, on me l’a servi ce matin même sur Facebook !
Mais justement, l’Histoire se répète, elle n’est jamais finie, c’est l’Eternel Retour de la victime et du bourreau. Lorsque la jeune fille demande à son père, dans le film, pourquoi il ne les as pas protégés, Gad Elmaleh n’a qu’une réponse : « Nous avons fait confiance à la France. »
Et lorsque la jeune infirmière demande au gendarme en faction devant le Vel d’Hiv’ pourquoi aucun d’entre eux n’a protesté contre la hiérarchie, il n’a qu’une réponse : « Nous avons des ordres. »
Et justement, mes chers collègues, vous qui êtes les véritables spécialistes de la question, contrairement à moi qui ne suis qu’une linguiste dotée d’une sensibilité littéraire, vous qui avez passé des CAPES et des agrégations, ne pensez-vous pas que nous n’avons pas d’ordre à recevoir pour emmener nos élèves voir ce film là, dont les héros sont des enfants, justement ? Devons-nous vraiment attendre que l’Education Nationale nous ordonne de systématiser l’étude un peu pointue de ce moment de l’histoire avant de profiter de la sortie d’un film aussi important en salles ?
Vous râleriez encore, de toutes façons, comme lorsque vous râlez lorsque l’on vous ordonne de lire la lettre de ce cher Guy Môquet… J’en perds mon latin ; vous refusez de parler de la France qui résiste, ok. Mais pourquoi refusez-vous de parler de la France qui collabore ???
Quel est votre problème, avec la Shoah ? Je sais, vous êtes, presque, tous, de gauche, en cette veille d’élections, et bien trop occupés à casser du sucre sur les infidélités élyséennes ou sur les ratages du gouvernement, et ça vous embête, n’est-ce pas, que le petit héritier du trône se soit fait circoncire, et puis « ils » sont partout, n’est-ce-pas ? Vous êtes si transparents, mes chers collègues, à la limite de la naïveté, tellement prompts à vous offusquer lorsque l’on veut légiférer sur la burqa, acceptant sans broncher de manger hallal dans nos cantines, et en tête de toutes les manifs pro-palestiniennes, mais si frileux lorsqu’il s’agit de mettre en exergue les responsabilités françaises dans l’extermination des juifs, car c’est bien des JUIFS qu’il s’agit, mes amis, pas des tsiganes, ni des homos, ni des malades mentaux, parce que je commence à en avoir assez de cet argument là, aussi, resservi dans toutes les soirées !
Oui, au Vel d’Hiv’, il n’y avait que des juifs, des Weissberg, des Rozenberg, des Levy, des petits bonhommes hauts comme trois pommes et morts de soif des jours durant, de belles jeunes filles brunes, terrorisées et en larmes, et puis toutes ces mères, qui furent ensuite, en une indicible barbarie, séparées de la chair de leur chair, en un « Choix de Sophie » démultiplié par mille…
Ce n’est qu’un film, cette « rafle » là. Oui, juste un film. Mais ne croyez-vous pas que la proximité lacrymale, émotionnelle, que ressentiront nos élèves devant ces images bouleversantes, devant la reconstitution légère d’un Paris d’abord serein et détendu, malgré la présence allemande, puis de plus en plus outragé, martyrisé, et devant les personnages attachants et merveilleusement interprétés, sera mille fois plus efficace que la projection de longues heures du film de Lanzammn, ou de « Nuit et Brouillard » ?
Car combien de fois ai-je entendu des ricanements sordides, oui, insupportablement dérangeants, du style « Hé, mate la meuf, elle est à poil », en projetant des images de charniers à des élèves ?
L’Histoire n’est rien, pour eux, qu’une période ancestrale, celle d’avant les ordis, d’avant les portables, une période tellement, tellement lointaine, que souvent elle ne les « touche » plus. Alors forcément, on regarde « Nuit et brouillard » dans quelque collège de banlieue, et puis à la sortie on recommence à traiter son pote de « sale youpin », parce que la connexion aux réalités d’aujourd’hui ne s’est pas faite, parce que nos enfants ne savent, hélas, plus vraiment faire la part du Bien et du Mal.
Un film comme « La rafle », par contre, en construisant un univers de camaraderie, en insistant sur la possibilité qu’ont eu certains « Justes » d’aller au bout de leur désobéissance, et sur le courage de celui qui a su s’échapper, pour témoigner, peut, j’en suis absolument certaine, déclencher chez nos élèves un processus de réflexion bien plus important, bien plus solide.
Vous qui êtes « de gauche », dites-vous que c’est bien cela que nous recherchons, toujours : leur dire qu’on a le choix, qu’on a TOUJOURS le choix, et que nous sommes là AUSSI pour leur apprendre le devoir d’insolence, le questionnement, la remise en question de l’ordre établi.
Alors oui, il y a la grippe H1N1, et les expulsions qui commenceront lundi, et la soirée des Enfoirés, et demain le petit peuple de gauche, en sarouels et en écharpes palestiniennes, Libé sous le bras, ira joyeusement voter contre le petit peuple de droite, poussant ses landaus, un Fig’Mag à la main et la tarte aux pommes dominicale dans l’autre, mais ne fermons pas les yeux sur ce qui a été une période tout aussi noire que celle du colonialisme, ne vous déplaise. Vous avez emmené nos élèves voir « Indigènes », et puis « Germinal ».
Ne les privez pas de « La rafle ».
« Il y a des lieux où souffle l’Esprit, mais il y a un Esprit qui souffle en tous lieux. » Madeleine Delbrêl.
L’Esprit soufflait au Vel d’Hiv’, lorsqu’y vacillèrent les petites flammes des bougies de Shabbat, et dans les actes de courage. L’Esprit souffle dans « La rafle ».
Sabine Aussenac.
http://www.youtube.com/watch?v=Z4blvYr8jkY
Écrit par : Aussenac | 13.03.2010
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