21.05.2010

Campagne, no man's land

Maintenant que ce blog est un peu remonté dans la catégorie "blogueuse qui colle des photos de ses fesses alors que tout le monde s'en fout", nous pouvons reprendre la suite des programmes habituels.



Le quota du glamour est rempli pour l'année, place à la rocaille, la gouaille et tout ce qui finit en -aille.



L'ascension est encore tombée un jeudi cette année de ponts avortés, ce qui m'a amenée à un affreux dilemme :

-> que faire pendant 4 jours sans travailler et sans prendre l'avion, pour cause de finances approximatives ?


détour à Cannes ? Le festival, je l'ai fait il y a 2 ans, c'était rigolo mais l'atmoshère ridicule de la lutte aux "plans / invits" est quelque peu épuisante. Et je préfère le FILF au FIF.

Non, j'ai préféré la campagne lotoise, là où on a envie de se droguer après 2 jours de silence et de verdure.

 

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Cette année 2010, il y a la composante "octobre en avance de 5 mois" qui s'est ajoutée au pont le plus sympa de l'année.

Genre, on a fait du feu dans la cheminée et sous ma djellaba, j'avais un jogging en molleton.

Alors que normalement, on se promène à poil en dessous.

Du coup, l'envie de LSD s'est faite sentir avec 24h d'anticipation, c'est à dire très vite...


Et les ennuis ont commencé.

Un dicton du coin que vous ne connaissez peut être pas, c'est "pas d'Ascension sans champignons".

Notez qu'ils savent vivre, dans le Quercy. La défonce cautionnée par le christianisme, c'est la preuve d'une grande intelligence pratique.

Seulement, ces petites bêtes ont besoin de soleil pour grandir et devenir sympathiques ; soleil que nous n'avons pas vu depuis l'adolescence de Régine, environ.

Tu as bien compris : no champis.

Même pas 2-3 girolles à la con pour contenter le paysan local et le faire sourire de ses 3 molaires sur les marchés.


Guitou, le voisin-dealer voisin tout court qui a un bourricot et la main verte, faisait grise mine et songeait à expérimenter la tisane d'orties comme hallucinogène remontant naturel.

guitou et ses potes.jpg
Guitou et ses potes



Le bourricot, par contre, était toujours aussi gentil, et est la personne avec laquelle j'ai le plus échangé durant ces 4 jours d'isolement.

Tandis qu'il broute tranquillement dans le pré, je lui fais part de mes interrogations, mes pronostics professionnels, mes paris sur les tailles des zizis de l'équipe de France.

Il est doté d'une grande capacité d'écoute, cet âne.

Même si parfois je doute de sa sincérité ; il ne réagit pas quand je lui parle de Vladimir Poutine que j'imagine en pagne, une lance à la main, en train de tuer un serpent à mains nues.

Il aurait dû avoir assez de répartie pour me sortir un truc type "VladimiRahan Poutine ? lol hi-han".

Queutchi.

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parfois, Guitou partageait sa cueillette avec l'âne.
ça lui faisait plaisir.


J'ai engueulé Guitou, rapport qu'il était tout cassé, son bourricot.

Lui aussi regrettait les champignons de l'ascension.




(vous mesurez maintenant les dégâts du refroidissement de la planète ?)

(la campagne devient insupportable)

(Nicolas Hulot, steuplé, viens sauver le Quercy-Rouergue)

 

* la drogue c'est mal*

06.01.2010

Champêtre

La campagne, c'est flippant.

Je sais, la Perséphone vous l'a déjà dit, mais bordel, vous ne saurez jamais à quel point entendre l'écho de son silence peut être destabilisant.



Je ne dis pas, les 2 premiers jours, on a l'impression de revenir à la vie.

Plus de mails, on est en zone blanche.

Plus de téléphone, on a mis le chargeur dans un coin encore méconnu de notre valise.

Plus d'humainoïde, aucun n'est assez taré pour vivre là.

 

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Toi, juste toi. Du vert, un peu monochrome mais tu récupères 2/10 de vision à l'oeil gauche en 16 heures de plaines et prairies. Loin des écrans, des petites choses trop importantes que la civilisation t'oblige à regarder et lire religieusement.

A la campagne, on s'en fout du nombre d'acides lactiques dans les lentilles (y'en a ?) ou de la DLC de la moutarde (98, ça rappelle les bleus, Footix, toussa).



A la campagne, tu apprends à ne rien faire, et s'il est obligatoire de faire, autant manger.

Et on mange. On sacrifie des canards sacrés. Des kakis. Des pissenlits.

Des trucs qu'on ne mange pas chez le sushi-man.

On dort.

Beaucoup.

Bien.

Trop.



Un jour, on regarde un épisode de trop d'Amour Gloire et Beauté. Parfois, le 2e signe l'overdose (vous êtes trop sensibles, les amis).

la depeche du midi.jpg


On ouvre la Dépêche du Midi, et on y apprend qu'à Lalbenque, il s'est vendu pour 175kg de truffes.

On se souvient alors qu'on n'aime pas les champignons, et qu'ici, la foule est en délire à la saison des cèpes.

Bon, la foule, c'est relatif, la natalité du Quercy n'est pas la plus funky du pays.



Et quand le voisin revient avec un bolet satan pour nous montrer "ce qu'est pas bon", on a soudain envie de se droguer.

Fort.

De fumer le bolet de l'autre type qui vit en enfer, juste pour voir.

Et oublier.

Oublier le vert, oublier les prés et retrouver St Germain.

Oublier le canard, le rien, le calme et passer de l'autre côté de la force.

Voir des couleurs, du jaune, du bleu, du rouge, Broadway*!

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voici donc un bolet satan



Il faut comprendre : pas d'internet, donc pas de porno en streaming, ni de best of de Michel Denisot sur Canal, et encore moins de Derrick pour avoir juste l'idée de boire à la mort.

Si on coupe le champignon en tranches très fines, qu'on les laisse sécher (au four, peut être pour accélerer le processus ?) puis qu'on les roule dans une page du Rustica spécial pétunias de 1995 (un exemplaire rare, mais seul papier disponible, à part la Dépêche), ça le fait ?

Juste le fait d'y penser, tu as la nausée post-trip, sans le trip. Et tu renonces à l'expérience.

Tu jettes le champignon rougeaud au compost, après tout, c'est un peu du pourri des bois, ce truc.

Tu te replonges dans Amour Gloire et Beauté, parce que Brooke n'a pas fini de se re-re-re-re-re-re marier avec Ridge.



Le 3e jour, on commence à parler aux choses. Les sapins, les chênes, les portes.

Quand on voit un animal, c'est notre meilleur copain.

Le voisin a un bourricot, et lui c'est le plus sympathique des animaux. Il converse, échange et pour ne pas me vexer dans mes théories stalino-nikosaliagasiennes, il se contente de hocher la tête. Et il broute. L'herbe.

pas d asphalte mon bougre.jpg
qué goudron ? yapa c'est tout

 

 

Le 4e jour, on comprend qu'il faut sortir de là. On commence à parler avé l'asseng, vu l'intensité des rares moments d'échanges avec les autochtones.

"Bonjoureu, un paing et une chocolatineu sivoulpéy"

Je ne savais pas ce que c'était une chocolatine, il y a 3 ans.

Maintenant, je sais parler un français avec l'accent mi italien-mi cadurcien (c'est très moche).


Je suis partie au bout du 6e jour, pour faire un périple provincial, histoire de rejoindre les Murmures à Clermont. Voir des gens très couls, certes, mais surtout DES GENS.



En gros, pour faire 273 kms, j'ai fait un tour de Gaule.

vois donc la motivation.

Je suis passée par Toulouse et Lyon  puis Dunkerque et Limoges, avant de rejoindre l'Auvergnie.

Du train, des avions à hélices, des dirigeables...

 

avion a helices air franceregional.jpg
le tarmac de 1976 de Lyon


A présent, je ne peux plus rien voir de vert.

La tête me tourne dès que j'aperçois une feuille de salade.

Plus jamais ça, les copains, plus si longtemps.

Ou alors, seule avec le bourricot...

 

 


*Merci de relire Reiser si vous ne voyez pas de quoi que j'cause

** Ha oui, bonne année, douce et sereine à toi !