22/01/2010
La Rafle
Je me suis demandée un bon paquet de minutes, si j'allais vous faire ce billet.
Celui qui suit, là, le long du scroll.
Pour tout te dire (oui, on va se dire tu), j'ai un peu les doigts qui se détachent du reste du corps, les joues éparses de rimmel et de poudre libre.
Tu veux savoir ?
C'est un mélange de tristesse, d'amour, de vertige, de colère, d'incompréhension et de violence.

Je suis allée voir un film que tu verras, d'ici quelques mois.
Un film qui parle d'humanité.
De toute l'humanité et de son contraire.
Le vide.
Un vide absolu.
Un vide qui te fout le vertige, l'estomac au bord des lèvres et les larmes au même niveau.
On en reparle ponctuellement, je sais.
On nous bassine avec aussi, je sais.
Mais bordel.
Comment peut-on exister sans humanité en soi ?
Je vous ai fait peur, l'autre fois, avec ma déclaration d'amour à l'humanité. Pas à la masse populaire, je ne suis pas encartée chez les rouges.
Mais au sentiment d'humanité. A l'Homme.
Ça peut nous sembler évident, mais l'histoire prouve que non.
Et comment croire qu'un homme, qui en était dépourvu ou vidé, ait pu entraîner avec lui les foules, les actes, des êtres pourtant dotés de conscience et d'altruisme ?
Oui, pour les 3-4 du fond, je parle de la Shoah, d'hitler et de la déportation.
Non, sans blague, on peut en parler 2 minutes ?
Je ne veux pas me lancer dans la course à celui qui l'a vécu le plus en profondeur, car non, nous sommes trop à être nés bien après, une fois que les années LSD et les années Tapie nous aient conté de bien belles histoires.
Parce que ceux qui sont restés ont encore le coeur dans la gorge quand ils en parlent. Et nous, on a beau essayer d'imaginer et essayer d'en souffrir par solidarité, on ne peut pas savoir.
Mon Grand-père ne l'évoque jamais. Ou de très loin. Tellement loin qu'il n'y a qu'une cicatrice de rifle sur son ventre pour nous rappeler que oui, il y a survécu.
Pourtant, il ne faut pas se taire, sinon les choses se reproduisent. Il ne faut pas les dire à tort et à travers car il y a des esprits tordus capables de glorifier l'horreur.
Et malheureusement l'horreur a toujours lieu, bien plus au sud, si Tutsi vous évoque plus qu'un film avec Dustin Hoffman en robe rouge.
Juste les dire.
Les dire justement.

C'est ce qu'a réussi à faire Roselyne Bosch, avec le film "La Rafle".
Un témoignage du Vel d'hiv, un travail de documentation précis et acharné.
Dedans, il y a Gad Elmaleh comme on ne l'a jamais vu. Juste, sincère, vrai.
Jean Reno, dont on ne peut plus remettre en question le talent, surtout dans cet exercice, dans la veine émotionnelle de "Le Tigre et le Neige".
Au risque de le répéter, ce film est juste. Juste sur la plus grande injustice connue à ce jour.
Tu ne t'y sens pas coupable, car non, nous ne le sommes pas, nous qui étions bien loin dans les couilles de nos pères, comme on dit élégamment dans les provinces.
Juste sur cette horreur, dont ceux qui en ont été les témoins impuissants ne pouvaient même pas s'imaginer la portée.
Parce que le cerveau est ainsi fait. Il coupe. Il censure pour survivre.
Je ne sais pas si j'y aurais survécu. Certainement en asile, aussi droguée que le type qui a organisé cette barbarie.
Les potes, on ne va pas se plomber la journée, quand ce film sortira en salles, faites moi le plaisir d'y aller, de le télécharger ou de frauder pour entrer dans la salle, peu importe.
On en ressort la rage au ventre, les larmes sur les joues et surtout grandi.
Le 10 mars.
PS (pour votre culture géniale) : Le moustachu gominé ingérait chaque jour jusqu'à 16 pilules antigaz (lol ?) contenant un mélange de strychnine et de belladone (neurotoxine), se faisait injecter de la métamphétamine par le Dr Morell (on le voit dans la Rafle).
Pendant l'occupation française, sa dose allait jusqu'à 8 injections par jour. Surtout après ses discours et rencontres importantes. A cela, il s'ajoutait aussi de la métamphétamine par voie orale (jusqu'à une dizaine de bonbons dorés la dernière année de sa vie).
Il prenait aussi des opiacés et du testovirion pour soigner ses tremblements. Après l'attentat de juillet 1944, rajoutez la cocaïne à l'ordonnance, pour soigner son canal auditif sanguinolent.
What else ?
Oui je sais qu'elle est décousue, cette note. Vous n'allez pas appeler Pivot pour autant ?
12:36 Publié dans A Paris (z'avez pas la plage?) | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : la rafle, vel d'hiv, rose bosch, roselyne bosch, gad elmaleh, jean reno, melanie laurent, shoah, pleurer au cinema, bon film, 10 mars









